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April, 2009 Le Tatouage (El-Ouchem) en Algérie
Le Tatouage Us et Coutumes Algériennes
Généralités Aux temps reculés, l’Algérie, vaste carrefour, a vu arriver sans cesse depuis les temps les plus anciens, des fugitifs et des conquérants de toute provenance. Elle a été un réceptacle ouvert à toutes les races de l'Asie et de l'Europe. Par sa culture millénaire, sa population plurielle, sa richesse culturelle, l'Algérie est sans doute, l'un des carrefours de civilisation, le plus avéré, du bassin Méditerranéen. En Algérie, le tatouage, pratiqué par les femmes Berbères, est surtout un symbole esthétique. C'est aussi un signe de rattachement à une tribu ou à un groupe social. Le tatouage est supposé avoir une valeur rituelle et prophylactique et qu’il existait à l’époque préhistorique. Dans l’Antiquité, on rapporte que c'est par un semblable procédé que les esclaves portaient, écrit sur le corps, le nom de leurs maîtres. Lee tatouage est une tradition commune à presque tous les Nord-Africains. En Afrique noire on remplace le tatouage par des balafres, sortes de sillons qu'on fait avec des lames aux visages des hommes et des femmes. À l'origine, le tatouage n'avait pas un but esthétique mais correspondait à un rite de mutilation magique et protectrice. En effet, tous les tatouages, observés au sein de populations Africaines, étaient à la fois des remèdes et des agents prophylactiques fondés sur la croyance selon laquelle la survenue d'une maladie serait due à un phénomène surnaturel. Ainsi, pour s'en prémunir, on empreignait, sur la peau, divers symboles esthétiques, où chaque trait, chaque cercle, chaque motif avait son rôle et dont les significations n'ont pas toutes été élucidées. Méthode d’exécution Il fut une époque, ou les femmes de la famille des Béni Adass (une ancienne tribu Berbère de la région de Ain Defla) en faisaient une spécialité professionnelle. Elles se déplaçaient dans les villages pour tatouer celles qui en formulaient la demande. Elles exerçaient leur art sur les visages, ou les mains. Elles dessinaient des formes différentes, un Burnous sur le front ou sur le menton et une Mouche sur chaque joue. La méthode était assez simple et même primitive. Pour l’exécution du tatouage, ces fameuses femmes de Béni-Adass prenaient une aiguille avec laquelle, elles saupoudraient l'endroit précis de suie (Hmoum). Après une semaine ou deux, le dessin sur la peau devient bleu et on obtient ainsi le motif choisi. Leur méthode consiste à dessiner l’objet sur la partie du visage, à l'aide d'une plume trempée dans le Kôhl (sulfure d’antimoine), délaye dans l’eau. Après quoi et suivant le tracé, elle pique la peau avec une grosse aiguille à coudre jusqu’à faire couler le sang. Puis, elle passe un tampon d'étoffe trempé dans le Kôhl sur le tatouage et laisse sécher à l air libre sans pansement. D’autres méthodes consistent à tracer d'abord le dessin avec de la suie (Hmoum, noir de fumée) prise préalablement sur le fond d'une marmite et délayée dans un peux d'eau. Ensuite, elle pique la peau à l’aide d'épine de cactus trempée, à chaque fois, dans la suie. Elle termine l’opération en mettant sur la plaie un emplâtre de suie maintenu au moyen d'une bande. La légende raconte, qu'une femme veuve était un présage de malheur et pour conjurer le mauvais sort, on lui tatouait les jambes et le sang qui sortirait effacerait le prétendu malheur ! Motifs de tatouage Les femmes Berbères pouvaient se tatouer à n'importe quel âge. Mais le plus souvent avant le mariage Le tatouage était un acte personnel, la femme mariée n'étaient pas tenues de consulter, au préalable, son mari. Parmi les motifs de tatouage sur le visage, les plus fréquemment représentés en Afrique du Nord, on retrouve la fleur de lys, la patte de corbeau, le losange et la croix. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la croix n'est pas dans ce contexte liée au christianisme ; ce symbole était, en effet, déjà représenté à l'époque de l’âge de pierre (Néolithique). La femme Berbère se tatouait principalement le visage et les membres supérieurs. Elle apprécie surtout les dessins sur le front, les joues, le menton, les mains. Cela lui assure une puissance magique et une protection. Par exemple, un peigne, tatoué sur le bras d'une tisseuse, lui assure de l'habileté ; tandis que le tatouage d'un scorpion représente un signe de protection ; les motifs en forme de roue sont employés pour guérir les tumeurs ; La petite croix sur le front a pour effet de mieux supporter la douleur. D’autres motifs sont employés contre la malédiction. Il y a des siècles, le tatouage représentait chez la femme, non pas une finalité esthétique et séductrice, mais une expression visible de la douleur, une matérialisation du drame sur soi. La femme qui venait de perdre son époux se tatouait le menton (redonnant sur son propre visage naissance à la barbe du mari perdu). Celle qui assistait à l'emprisonnement de son mari, immortalisait les menottes de l'humiliation de son homme, sous forme d'anneaux sur ses poignets. Elle se tatouait aussi des anneaux au niveau des chevilles, faisant référence aux lourdes chaînes traînées par son mari, pris en guerre par l'ennemi. En effet, cette matérialisation du drame sur soi était le propre de milliers de femmes Berbères. Le tatouage était un refus de l'autre et un signe de résistance à tout conquérant. Les hommes n'étaient pas en marge de cet art particulier, mais contrairement aux femmes, ils ne se tatouaient jamais le visage. Ainsi, il était fréquent que les paysans se tatouaient la main droite. Ce tatouage magique était sensé les protéger des accidents corporels et leur donner force et vigueur. Ces pratiques ont perduré des siècles durant. Jusqu'à la moitié du vingtième siècle, le tatouage continuait d'être une marque d'appartenance tribale ou régionale. Ses autres expressions, la douleur notamment, avaient pratiquement disparu. Interdiction religieuse La pratique du tatouage fut longtemps condamnée par les religions (surtout Judaïsme et Islam). Les musulmans considèrent le tatouage comme des stigmates du diable (Kibat el chaytan en Arabe). L'Islam condamne le tatoueur, aussi bien que la tatoué. Selon le Coran, rien ne doit modifier la création de Dieu sous peine d'être un allié de Satan. “... Je leur ordonnerai et ils dénatureront la création d'Allah...” (Sourate 4 - V 119). De plus, un hadith (tradition relative aux actes et paroles du Prophète Mohammed (âlih eçalat wessalem), qui fait jurisprudence après le Coran) condamne celle qui tatoue et celle qui se fait tatouer. La femme tatouée sera punie par Dieu ! Elle sera piquée par autant de scorpions qu’elle en a de tatouage, dit-on, notamment, dans les Aurès. Ou encore, pour éviter le châtiment divin, la tatouée doit donner aux pauvres autant d'argent pour recouvrir les tatouages qui ornent son corps. Cependant et malgré l’interdiction religieuse, le tatouage reste très répandu. Les coutumes du passé prennent le dessus sur l'interdit. Pour parer à cet interdit, les femmes lui ont substitué un tatouage éphémère. Un tatouage esthétique au henné que les femmes se font sur les pieds et sur les mains. De nos jours De nos jours, le tatouage, qu'il soit indélébile ou au henné, est considéré comme une expression artistique ou un ornement pouvant revêtir plusieurs significations. Il suscite en tout cas mystère et convoitise. Mais peut-être sans le savoir, celles et ceux qui pratiquent le tatouage, perpétuent une technique ancestrale, vielle de plusieurs milliers d'années et qui n’est pas prête à disparaître ! A travers l'histoire évolutive, sa portée est allée plus loin que la recherche de la perfection physique et ou celle d'une arme de séduction. Dans les années soixante, l'Occident, pourtant étranger à cette culture, l'a adoptée. La révolte de toute une génération en a usé pour exprimer son rejet de la manière de vivre de l'après-guerre. Un moyen d'expiation, où des dizaines de clients défilent, aujourd'hui encore, sous l'aiguille du Tatoueur. Certains préfèrent tatouer sur les parties les plus viriles de leur corps. Sur le torse ou le dos, ils adorent avoir un aigle, un serpent ou la tête d'un lion. A titre de souvenir ou d'amour impossible, certains tatouent même l’image de leur bien-aimée…etc. Le corps en est la victime de cette mutilation qui rappelle les pratiques de chirurgie rituelle chez les peuples primitifs. Ces peuples, lors de l'initiation, font entrer dans la culture ce qui est de l'ordre de la nature (circoncision, excision, subincision). Placé entre le dedans et le dehors de la peau. Cette dernière est tout à la fois, enveloppe du corps et du Moi, frontière entre intérieur et extérieur et lieu d'échanges privilégiés, le tatouage reste de toute évidence un processus secret, un cheminement psychologique parfois long, dont le tatoué lui-même n'a pas toujours entièrement conscience. ................................................................................................ Leguelmois.
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