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    August, 2007

    Commémoration du 20 Aout 1955

     

     

    COMMEMORATION DU 20 AOUT 1955

    "JOURNEE DU MOUDJAHID"

    Communication établie par Cherfa Halim

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    1/- RAPPEL HISTORIQUE

    L’histoire du peuple algérien est une longue chaine de luttes. Le peuple a consentie un sacrifice surhumain et écrit avec son sang les pages d’histoire de la libération de sa patrie.

    1.1- Le 20 Aout 1871: une date a retenir

    Lors de l'insurrection de 1871, la population d'El Milia a été sévèrement réprimée par la colonne expéditionnaire du général de Lacroix, commandant la division de Constantine.

    La population des tribus de la confédération du Zouarà acculées au pied du rocher de Sidi-Mârouf, a été entièrement massacrée.

    Du 2 au 22 Aout, toutes les tribus des régions de Constantine, Mila, Jijel et Collo ont subi le même sort.

    1.2- Création du FLN et déclenchement de la Révolution

    La crise de 1953-54, qui opposa le Comité Central du PPA-MTLD à Messali El Hadj chef du Parti, a fait surgir une troisième tendance le CRUA (Comité révolutionnaire d'unité et d'action). Le CRUA, nouvellement créé avec de nouveaux objectifs, était composé initialement de quatre membres :

    - Trois du Comité Central : Hocine Lahouel, Sid-Ali Abdelhamid et Mohamed Dekhli,

    - Un membre de l'O.S (Organisation Spéciale) Mohamed Boudiaf.

    Le but du CRUA était d’organiser un Congrès unitaire réunissant toutes les tendances du Parti. A la suite des contacts de Boudiaf avec les éléments de l'O.S., contrairement au Comité Central qui voulait retarder la date de l’action armée afin de mieux la préparer, ces derniers adoptent la position de passer à l'action armée immédiate,

    A cet effet, ils tiennent, en juin 1954 à à la cité Nador, Madania (ex-Clos-Salembier), Alger, la réunion des "22", composée uniquement de militants de l'O.S. De cette réunion historique, la décision de déclencher, au nom du FLN, la révolution Algérienne le 1er Novembre 1954 a été prise à l’unanimité. Les membres désignent un organe exécutif : le Comité des "SIX", composé comme suit :

    - BEN BOULAID Mostefa ;

    - BEN M'HIDl Mohamed-Larbi ;

    - BITAT Rabah,

    - BOUDIAF Mohamed ;

    - DIDOUCHE Mourad ;

    - KRIM Belkacem.

    Le Comité des "SIX" de concert avec les trois membres de la délégation extérieure du PPA-MTLD au Caire :

    - AIT AHMED Hocine,

    - BEN BELLA Ahmed,

    - KHIDER Mohamed,

    s’est réuni, le 24 Octobre 1954 à Bab el Oued (Alger) et décida : - la création d’une nouvelle organisation politique, le FLN (Front de la Libération Nationale) pourvue d'une branche armée l'ALN (Armée de Libération Nationale) ; - le déclenchement de la révolution nationale pour le 1er Novembre 1954; - la désignation et la répartition des responsabilités par région.

    Dans la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 1954, les membres de l'ALN entrent en action dans toutes  les Zones appelées plus tard Wilaya, selon la carte, ci-après.

    1.3- Découpage des Wilayate et lignes électriques Est et Ouest

    - Lors du congrès de la Soummam, du 20 Aout 1956, et dans la perspective d'une guerre totale, les chefs de l'ALN redéfinissent l’organisation territoriale. Une sixième willaya est créée et Alger devenant une zone autonome.

    - Chacune des Willayate se subdivise en Mintaka (zone), Nahia (région), Kasma (secteur) et Khalia (Douar).

    - On formalise les grades et des unités de combat, de l'échelon bataillon (Failek), à la compagnie (Katiba), à la section (Ferka) et au groupe (Fawdj). Chaque échelon est dirigé par un gradé (du colonel au sergent-chef) qui a sous ses ordres quatre adjoints : un adjoint militaire, un pour des renseignements, un commissaire politique et un secrétaire.

    - L'ensemble est chapeauté par le Comité de Coordination et d'Exécution (CCE). Le premier CCE (B. Krim, R. Abbane, Y. Ben Khadda, L. Ben M’hidi et S. Dahlab) a été désigné par le Congrès de la Soummam en Aout 1956. La liste des membres a été actualisée par le CNRA, au Caire, une année après (1957).

    De son côté la France, pour isoler la Révolution Algérienne de la Tunisie et du Maroc et empêcher l’approvisionnement et la pénétration des moudjahidine, érigea aux  frontières à l’Est et l’Ouest deux lignes de fils barbelés et électrifiées :

    - La Ligne MORICE : Désignée sous le nom d'André Morice, ministre de la défense à l'époque. Les travaux furent lancés vers la fin de l'année  1956. La ligne, large de 30 à 60 mètres, s'étend à l'Est sur une distance de 750 km du Nord d’Annaba au Sud de Negrine et à l'ouest sur la même distance (750 km) du Nord Ghazaouet au Sud de Béchar.

    A l’Est, elle part de la mer, exactement de Sidi M’barek (Echatt) à l’Est de l’Aéroport R. Bitat, passe par Ben M’hidi et rejoint la ligne Challe au niveau de Souk-Ahras.

    La ligne CHALLE : Désignée sous le nom de Maurice Challe, commandant des forces françaises à l'époque. Les travaux débutèrent à la fin de l'année 1958. La ligne fut édifiée sur le front Est du pays, derrière la ligne Morice afin de la renforcer et interdire tout passage.

    Elle part d’Oum Teboul, passe par Ain el Assel, Ain Karma, Souk-Ahras, Tébessa et se termine dans le désert à hauteur de Negrine.

    L’armée française avait eu recours à des méthodes diaboliques en dotant ces lignes de tous les moyens d'extermination de personnes, allant de la haute tension électrique (30 Kv sur la ligne Challe) aux différents types de mines.

    2/- PREPARATIFS DU 20 AOUT 1955

    Le 20 août 1955 est la journée Symbole du Moudjahid. Elle transforme la révolution qui était déjà dans la rue, comme disait Larbi Ben M’hidi, en une "véritable guerre d’Algérie". Elle constitue aussi une répétition des massacres de Mai 1945.

    Les opérations d’insurrection organisée et lancée par Zighout Youssef chef de la Wilaya II, succédant à Didouche Mourad tombé au champ d’honneur le 18 Janvier 1955, visaient la généralisation de la guerre d’indépendance et à rassembler toute la population autour du programme du FLN-ALN pour faire front face au colonisateur.

    Dix mois après le 1er Novembre 1954, date de déclenchement, au nom du FLN, de la révolution Algérienne, le FLN, l’ALN et la population attaquent simultanément une vingtaine d’agglomérations situées dans les régions de Constantine, Skikda, Guelma,……

    Du 20 au 26 Aout, encadrés par des Djounoud, des centaines d’hommes, parfois accompagnés de femmes et d’enfants, déferlent dans les villes. Certains brandissent des couteaux, des serpes, des haches, plus souvent des gourdins et des bâtons. Ils assaillent les centres coloniaux, les gendarmeries et même les casernes.

    2.1- Qui est Zighout Youcef ?

    Zighout Youcef, cet initiateur, concepteur, ce stratège et tacticien d’un plan présenté et décidé par le conseil de la Mentaka (Zone) de Smendou, devenue la Wilaya II, est né le 18 février 1921, à Condé Smendou, qui porte désormais son nom, dés son jeune âge, il a fréquenté l’école coranique avant de s’engager dans les Scouts Musulmans Algériens (SMA). Orphelin, il déserte l’école communale avec le niveau de certificat d’études primaires (CEP). Militant du PPA-MTLD. Il a été élu en 1947 aux élections locales et occupera le poste de vice-président du conseil municipal jusqu’en 1949.

    Membre actif de l’Organisation spéciale (OS) et responsable de structure de sa région, il sera arrêté en 1950 suite à l’affaire de Tébessa. Emprisonné à Annaba, il s’évadera en avril 1951, en compagnie de trois autres militants : Slimane Barkat, Mostepha (Amar) Benaouda et Abdelbaki Bekkouche.

    En contact, dans un cadre structuré, avec les autres responsables de l’Organisation Spéciale, il vivra dans la clandestinité jusqu’à la naissance du FLN. Il participa à la réunion historique des 22 d’El Madania en juin 1954 et dans la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 1954, les membres de l'ALN entrent en action !

    C’est ainsi et dans le cadre de cette nouvelle organisation FLN que Zighout Youcef devient adjoint de Didouche Mourad pour la Mintaka (zone), Smendou, le Constantinois. Puis, il lui succéda après sa mort au champ d’honneur le 18 janvier 1955 à Oued Boukerker.

    2.2- Zone Smendou, les Responsables de l’Opération du 20 Aout 1955

     

    ZONE, SECTEURS  ET NOM DU RESPONSABLE PRINCIPAL

    Smendou  Chef de la ZONE 2 :   ZIGHOUD Youcef ;

     Son Adjoint :                              BENTOBEL Lakhdar ;

    Nahia   d'Annaba  :                      AMAR Benaouda ;

    Nahia   d'El Khroub :                   BOUBNIDER Salah (Saout El Arab) ;

    Nahia   Ain Abid   :                     MAHDJOUB El Aifa ;

    Nahia   Oued Zenati :                  BELOUCIF Rabah (Si Rabah El Ouma) ;

    Constantine Ville     :                   BOUDJERIOU Messaoud ;

    Nahia   de Smendou  :               Abdelmadjid KAHLARAS ;

    Nahia    Sidi Driss     :                Ali KAFI ;

    Nahia    Skikda     :                   ZIGHED Smain (L'ALLEMANI) et TALAA Amor ;

    Nahia    Guelma     :                 ZADI Chérif et BAKHOUCHE Abdeslam ;

    Nahia   Collo       :                  CHETTAIBI Amar ;

    Nahia   El Harrouch  :              DERRADJI Larbi dit “STEN”.

    LES OBJECTIFS DU 20 AOUT 1955

    Pourquoi le 20 août à midi ? Pourquoi midi, à une l'heure brûlante où le soleil donne tous les vertiges ? Que cherchait Zighout Youssef ? - Comment déclencher une insurrection généralisée avec seulement quelques centaines (300 à 400) de Moudjahidine et de fusils ?

    Sur le carnet de Zighout, sont inscrits les noms des villes et des villages où le sang va couler : Skikda, Jijel, Collo, El-Milia, Kroub, Guelma, Annaba, Azzaba, El-Arrouch, Oued-Zenati, Saint-Charles, Robertville, Aïn-Abid, El-Alia, Kellermann, Gallieni, Condé-Smendou, Aïn-Kercha, la liste n'en finit plus...

    Zighoud Youcef, lors d’une réunion organique dans la région de Skikda, fixa les objectifs, désigna les responsables et donna les instructions. L’opération du 20 Août visait plusieurs objectifs, à savoir :

    1- Stimuler le moral du peuple par des actions d’envergure qui dépasseraient le harcèlement habituel des forces françaises. Pour prouver que des actions audacieuses sont possibles sur toute l’étendue du territoire national.

    2- Lancer l’opération à midi pour frapper l’imagination de l’ennemi. Les actions doivent avoir lieu sur les sites militaires, couper les routes et les ponts pour arrêter les secours, ainsi que l'électricité et le téléphone dans les fermes et les habitations des colons. Intimider les colons en leur montrant qu’ils sont vulnérables et récupérer leurs armes pour qu’ils ne réitèrent pas la répression et les punitions collectives, de Mai 1945.

    3- Affaiblir les partis Algériens en lice avec la ligne Soustelle et obliger les autres nationalistes à se rallier à la ligne et aux directives du FLN.

    4- Répondre à l'appel de Chihani Bachir remplaçant à la tête de la Zone I (Aurès) de Mostepha Ben Boulaïd, arrêté le 18 février 1955 à la frontière Tuniso-libyenne, pour alléger la Zone des Aurès-Némencha de la forte pression exercée par l’armée française disposant de moyens humains et matériels considérables acheminés avec tout ce que cela compte en officiers fraîchement débarqués d’Indochine et qui pensait ainsi étouffer dans l’œuf la révolution armée.

    5- Entreprendre des actions militaires sur tout le territoire pour éparpiller les troupes françaises et faire jonction avec les Aurès et la Kabylie

    6- Le choix du 20 août est une opportunité politique pour marquer la solidarité des Algériens avec le peuple Marocain. Cette date, le 20 Aout 1953, étant celle qui commémore la déposition du sultan Mohammed V, puis sa déportation, en 1954, en Corse, puis à Madagascar et dont les Marocains allaient organiser des manifestations à Oued Zem pour commémorer la déposition et l’exil du Roi.

    7- Consolider la victoire diplomatique de Bendoeng du 18 mars 1955 et porter la cause d’indépendance algérienne sur l’arène internationale des Nations unies pour l’inscrire à l’ordre du jour. Cela convaincra nos amis et nos alliés naturels à nous livrer des armes.

    8- Réactiver la guerre de libération à l’échelle nationale pour obtenir l'indépendance et mobiliser tout le peuple derrière le FLN-ALN pour sa propre libération. A cet effet et selon le témoigne de Boubnider, Zighout disait souvent que "Ce n’est pas à nous de libérer le peuple, nous ne faisons que l’organiser et l’encadrer, la responsabilité lui revient de se libérer lui-même".

    4/- L’ATTAQUE DE LA VILLE DE CONSTANTINE

    Les groupes de Fidayines, de Djounouds, de Moussebilines furent intégrés et coordonnés pour l'attaque de la ville de Constantine. Dès l'aube, en file indienne, ils investissent les quartiers de la ville pour déposer des bombes, incendier des centres et exécuter les traitres, plus d’une dizaine y passèrent.

    Ceux qui étaient désignés pour abattre les hommes de la 3ème force devaient le faire sans rémission. Les ordres étaient clairs : pas de distinctions, ni de quartiers pour les collaborateurs et les forces ennemies notamment.

    Ce jour, plusieurs délégués à l'assemblée algérienne pro-français n'eurent la vie sauve que parce que le destin a fait qu'ils ne se trouvaient pas à leur lieu habituel.

    Après l’opération, les représailles ne tarderont pas à venir, les ratissages durèrent plusieurs jours poussant des familles entières dans les bras de la révolution et creusant définitivement un fossé entre les deux communautés.

    Ce qui se passera ce samedi 20 août 1955 à Constantine démontrera le degré de responsabilité, d'organisation et de réflexion des responsables de la ville, disaient les organisateurs.

    5/- L’ATTAQUE D’EL-ALIA A SKIKDA

    Au jour J : samedi 20 août 1955. L’heure H : midi. En voilà les premières minutes décrites par le général Paul Aussaresses, alors en poste à Skikda.

    El-Alia est attaqué entre 11 h 30 et midi. C'est un petit village proche de Skikda, sur le flanc du djebel El-Alia du côté Flifla. Là vivent 130 Européens et 2.000 Algériens. Les hommes travaillent à la mine de pyrite (sulfure de fer et de cuivre).

    Après avoir coupé les lignes téléphoniques et investi les rues, les maisons, le centre métallurgique, à 11 h 30, le village est attaqué, à ses deux extrémités par quatre groupes de civils, parfaitement encadrés par des moudjahidine. On fait sauter les portes avec des explosifs volés à la mine et la tuerie se généralise. En tout, six familles Européennes sur cinquante survivront au massacre.

    Selon Y. Courrière, les troupes Françaises envoyées vers 15 heures pour dégager la mine font 80 tués chez les Algériens et 60 prisonniers. Ils retrouvent 71 cadavres d'européens, souvent  tués à l’arme blanche, (35 d'après Aussaresses) et 15 blessés.

    Bien après le 20 Aout, il y a eu plusieurs exécutions à Skikda. Les prisonniers, environ 1.500 hommes ont été passés par les armes. Les milices du maire de Skikda Benquet-Crevaux, armées par les soins d'Aussaresses organisent des assassinats pour venger les morts européens.

    6/- L’ATTAQUE DE AIN ABID

    Aïn-Abid est attaqué à la même heure. Un seul groupe de moudjahidine s'infiltre par différents points du village, prenant d'assaut, simultanément, la gendarmerie, la poste, les coopératives de blé, l'immeuble des travaux publics et les maisons des Européens.

    L’attaque a duré jusqu'à 16 heures de l’après-midi et a fait 7 morts du côté des Européens. Durant cette attaque, on entendait des cris de tous les côtés, des appels au secours "Gendarmes, au secours, on nous assassine !".

    7/- LES ATTAQUES DANS CERTAINES REGIONS

    Guelma a du attendre les ordres transmis par un éclaireur ; ces ordres sont arrivés avec une journée de retard, le Dimanche 21 Aout. Dans l’après-midi, les moudjahidines ont attaqué sans succès certains centres. Poursuivis par des half-tracks dotés de mitrailleuses, plusieurs civils étaient fauchés par les tirs des armes automatiques. Dans cet après-midi et selon les autorisations d’inhumation, 46 victimes parmi les civils furent tuées.

    Dans la région de Guelma, les opérations se réduisent alors au sabotage des voiries, à l’abattage des poteaux électriques et à l’incendie des récoltes. Mais les opérations de représailles militaire et policier se sont soldées par des violences graves, envers même les femmes et enfants.

    Un autre rapport précise qu’à El-Khroub, plusieurs assauts ont été lancés par les moudjahidine contre le camp militaire. Les soldats ont riposté contre les civils en tuant 23 hommes, 19 femmes et 11 enfants des deux sexes.

    Aussi, vingt-neuf centres du territoire Constantinois avaient été frappés par le soulèvement du 20 Aout 1955.

    Malgré le rapport de force défavorable, des insurgés d’El-Khroub, de Skikda, de Aïn Abid, de Guelma se sont attaqués aux militaires français et les ont combattus jusqu’à leur mort.

    8/- LES VICTIMES

    Sur les 71 civils européens tués dans les villages d’El Alia, d’Aïn Abid, de Ramdane Djamel et dans des embuscades sur les agglomérations et les routes, la réaction de l'armée est vive, brutale. Partout, les attaques sont stoppées sous le feu des armes automatiques. Les paras sont engagés dans d'immenses opérations de ratissage et, dans le même temps, l'autorité militaire semble débordée par les groupes de civils européens qui battent le bled à la recherche de militants algériens.

    Du côté algérien, les officiels Français annonceront 1.273 morts. Ben Tobbal indique pour sa part : "Le prix que nous avons payé était très lourd. Après le 20 août pas moins de 12 000 morts ont été inscrits sur nos registres avec le nom et l’adresse de chacun d’eux, car leur famille devait recevoir une allocation. C’est la raison pour laquelle nous avons insisté pour que le recensement soit exact".

    L'armée riposte avec promptitude. Comme en Mai 1945, des milices civiles sont constituées, à l'appel du maire de Philippeville Benquet-Crevaux, dont les cris passionnées constituent autant d'appels au meurtre des Algériens.

    À Skikda, seule, il y aura plus de 2.000 morts dans les quinze jours qui suivent le 20 août, écrit Yves Courrière.

    La répression frappe dès lors tous Algériens, jusque dans les douars les plus innocents ; "Tuer 12.000 ou 100.000 hommes, ne représente rien pour le système colonial. Pour nous c’était, sans doute, le prix à payer pour voir juillet 1962 et l’écroulement du colonialisme", disait Boubnider.

    9/ LE RESULTAT DU SACRIFICE DU 20 AOUT 1955

    Le résultat est immédiat. C'est l'échec du plan de J. Soustelle et de son programme d'intégration des musulmans Algériens dans la république Française ; de très nombreux Algériens modérés, qui étaient restés jusque-là réfractaires aux thèses FLN, basculent de son côté.

    Un mois plus tard, 30 Septembre 1955, la question Algérienne est inscrite à l'ordre du jour de l'ONU, suivie la veille de la séance des débats d’une grève des commerçants Algériens.

    La France se libère en accordant l’indépendance au Maroc en 1955 et à la Tunisie  en 1956 pour se consacrer totalement à la guerre d’Algérie, son département soi-disant !!

    L’armée française qui était dans les Aurès a fini par se retirer en nombre pour répondre à l’appel des colons qui exigeaient des renforts. La révolution devient véritablement une guerre d’indépendance, embrase toute l'Algérie et instaure l’insécurité dans toutes les villes.

    Dès le 23 août 1955, le gouvernement Français décide le rappel du demi-contingent libéré en avril et le maintien sous les drapeaux du premier contingent de 1954. Le processus de guerre est dès lors enclenché.

    Au lendemain du 20 août 1955, un journal américain titrait : "Les Algériens attaquent avec des pierres et des bâtons, la France répond avec des chars et des canons".

    Alors aux yeux de tout le monde et même pour les colons que "ça ne pouvait plus être comme avant, car la révolution est devenue une guerre populaire nationale et qu’elle a atteint un point de non retour".

    A cet effet, si Zighout disait à Salah Boubnider (Saout el Arab) : "Ce peuple est un grand peuple, sa volonté est immense, sa disponibilité est permanente, il lui faut une direction à sa dimension, une direction qui le convainc, nous ne devons pas le décevoir, sinon il risque de commettre de graves dégâts. Si la direction n’est pas à la hauteur du peuple qu’elle mène, alors ce dernier peut faire des choses incontrôlables".

    L’histoire nous montre que les hommes font les événements, les évènements font les martyrs et ces derniers vivifient l’histoire et l’immortalisent.

     

                 Gloire à nos Martyrs !  Vive l’Algérie !!

     

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    SOURCES

    Ce travail s’appuie à la fois sur des documents écrits (archives, presse, publications) et sur des témoignages de personnalités Algériennes, à savoir :

    - Paul Aussaresses, Services Spéciaux Algérie 1955-1957, Perrin, 2001 ;

    - Yves Courrière, La guerre d'Algérie - Le temps des Léopards, Fayard, 1969 ;

    - Jacques Duchemin. Histoire du FLN. Ed. La Table Ronde. Paris 1962 ;

    - B. Ben Khadda, fin de la guerre d’Algérie, Accords d’Evian, OPU-Alger 1988 ;

    - Témoignage du colonel Lakhdar Bentobal

    - Témoignage du colonel Salah Boubnider Saout el Arab, El Watan n° 4124 du 17 juin 2004 ;

    - Témoignage de Brahim Adjami, "C’était sur ordre de Boudiaf", Annaba 2006 ;

    - Etude de Mahfoud Bennoune. El Watan n° 2358 au 2361 des 23 au 26 Août 1998 ;

    - A. Boudjeriou (chercheur en histoire) Idée et préparatifs du 20 août 1955 par Zighoud Youcef ;

    - Interview de Abdelmadjid Kahlaras et Brahim Chibout à la revue El Djeich.